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Témoignage : « Au travail, j’étais le mec gentil qu’on utilisait tout le temps »

Le témoignage anonyme d’un homme qui voulait être apprécié au travail et qui a fini épuisé, invisible et frustré.

L&A

La rédaction Libre&Affirmé

Pendant des années, au boulot, j’étais “le gars sympa”.

Celui qui dit oui. Celui qui aide. Celui sur qui on peut toujours compter.

Franchement, au début, j’en étais presque fier.

Quand quelqu’un avait besoin d’un coup de main, j’étais là. Quand il fallait finir un dossier urgent, je restais plus tard. Quand un collègue voulait échanger un créneau ou refiler une tâche pénible, j’acceptais souvent.

Je voulais être apprécié.

Je crois même que j’avais besoin qu’on me voie comme quelqu’un de gentil et fiable.

Le problème, c’est qu’au bout d’un moment… les gens s’habituent.

Et ce qui était exceptionnel devient normal.

Petit à petit, je suis devenu celui qu’on sollicite pour tout.

Les collègues venaient me voir parce qu’ils savaient que je ne dirais jamais non. Mon manager me rajoutait des trucs “parce qu’il savait qu’il pouvait compter sur moi”. Et moi, même quand ça me saoulait, j’acceptais quand même.

Je pensais qu’à force d’être irréprochable, ça finirait forcément par payer.

Sauf qu’en réalité, plus j’étais gentil, plus on me chargeait.

Et le pire, c’est qu’il y avait des collègues beaucoup moins investis que moi qui étaient davantage respectés.

À l’époque, ça me rendait fou intérieurement.

Je me souviens d’un moment précis où j’ai commencé à ouvrir les yeux.

J’étais déjà débordé, et mon responsable est venu me demander de reprendre un projet en urgence parce qu’un collègue “n’avait pas eu le temps”.

Et moi, comme d’habitude, j’ai dit oui.

Le soir, en rentrant, j’étais énervé contre tout le monde. Contre mon manager. Contre mes collègues.

Mais surtout contre moi-même.

Parce qu’au fond, je savais très bien que personne ne m’avait forcé.

Je n’arrivais juste pas à poser des limites.

J’avais peur de passer pour quelqu’un de compliqué. Peur de décevoir. Peur qu’on ne m’aime plus au travail.

Avec le recul, je me rends compte que je cherchais énormément la validation des autres.

Quand on me disait : "Heureusement que tu es là", ça me donnait l’impression d’avoir de la valeur.

Du coup je continuais.

Même quand j’étais crevé. Même quand ça devenait injuste.

Le vrai déclic, ça a été quand un collègue m’a dit un jour, presque en rigolant :

« Toi de toute façon, tu dis toujours oui. »

Je crois que cette phrase m’a mis une claque.

Parce que j’ai compris que mon “gentil comportement” n’était plus vu comme une qualité. C’était devenu une faiblesse prévisible.

Aujourd’hui, je suis toujours quelqu’un de sympa. Je ne suis pas devenu arrogant ou agressif.

Mais j’ai appris à dire :

  • « Non, je n’ai pas le temps. »
  • « Ce n’est pas à moi de gérer ça. »
  • « Là, ce n’est pas possible. »

Et honnêtement, les gens me respectent beaucoup plus depuis.

Le truc que j’aurais aimé comprendre plus tôt, c’est que dans le monde du travail, si tu ne poses jamais de limites, certains finiront naturellement par abuser de ta disponibilité.

Pas forcément par méchanceté d’ailleurs.

Juste parce que tu rends ça facile.

Sylvain, 39 ans, chef de projet.

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